
« Montre-moi ton track record. »
Cette demande, je l’entends régulièrement lorsque j’échange avec un prospect.
Je la comprends.
Lorsqu’un dirigeant envisage de me confier sa parole, sa réputation et parfois des sujets sensibles, il est parfaitement légitime, après tout, qu’il cherche à savoir à qui il a affaire.
Pour qui avez-vous écrit ? Pouvez-vous me montrer des exemples ? Quels résultats avez-vous obtenus ? Avez-vous des tribunes, des articles ou des publications à me transmettre ?
Le problème ?
Je ne peux pas toujours répondre.
Certainement pas car je n’ai rien à montrer. Mais parce que la majorité de ce que j’ai écrit pendant treize ans ne m’appartient tout simplement pas.
C’est le principe même de mon métier.
Lorsque j’écris une tribune pour un dirigeant, mon nom n’apparaît pas. Jamais. Lorsque je travaille sur ses publications LinkedIn, elles sont publiées sur son profil. Lorsque je rédige un discours, c’est lui qui monte sur scène.
J’écoute, je questionne, je cherche ses mots, ses silences ainsi que ses convictions. Seulement ensuite j’écris.
Seulement voilà. Lorsqu’il faut convaincre un nouveau client que je sais faire ce métier, cet effacement devient un sacré problème.
« Vous pouvez toujours anonymiser »
Oui. Sur le papier.
Effectivement. Je pourrais retirer un nom, masquer un logo ou remplacer celui d’une entreprise par « client du secteur financier ».
Soyons sérieux, une minute !
Anonymiser une tribune publiée sur Internet tout en laissant son texte visible n’a pas beaucoup de sens. Quelques phrases copiées dans un moteur de recherche suffisent à retrouver son signataire.
Même chose pour un article de blog ou une publication LinkedIn.
Je n’appellerais pas cela respecter une clause de confidentialité. Non, cela s’appelle jouer avec. Et ça, je le refuse !
De vous à moi, ce serait quand même un drôle de paradoxe que de vouloir rassurer un prospect sur ma capacité à protéger sa parole en lui montrant celle que j’avais promis de protéger avant la sienne.
Les prospects ont toute légitimité de demander des preuves
J’avoue. Pour mes collègues et moi, c’est là que les choses se compliquent.
Si je devais confier tout ou partie de ma communication à quelqu’un que je ne connais pas, je voudrais moi aussi savoir.
Je voudrais lire. Comprendre comment cette personne travaille. Surtout ? Être rassurée avant de lui laisser carte blanche pour dévoiler mes valeurs, mettre en avant mon expertise ou lui laisser les commandes d’une tribune.
Dans la mesure où je ne peux révéler aucun de mes contenus pour lesquels mes clients m’ont réellement payée, je produis mes propres preuves.
J’écris sur mon blog. Des articles SEO. Des textes d’opinion. Des publications sur les réseaux sociaux. J’ai rédigé un livre blanc. Je documente mon expérience, les secteurs sur lesquels j’ai travaillé, les volumes produits et certaines collaborations lorsque je peux le faire sans identifier mes clients.
Et ma plume ne prend aucun repos. Jamais.
Je suis ghostwriter. J’écris donc dans l’ombre pour mes clients. Pour trouver les suivants ? Je dois passer le temps qui me reste à écrire dans la lumière.
Avouez que mon métier a un certain sens de l’ironie.
Confidentialité : et si elle était aussi une preuve ?
Nous avons pris l’habitude de chercher la confiance dans ce qui se voit : des logos, des témoignages, des captures d’écran, des noms de clients, des résultats.
Je le comprends.
Dans certains métiers, peut-être est-il avant tout nécessaire de regarder ce que le professionnel choisit de ne pas montrer.
Je pourrais rendre mon portfolio beaucoup plus impressionnant. Citer certains noms qui feraient pâlir d’envie bon nombre de mes concurrents. Montrer davantage de textes.
Commercialement, ce serait tellement plus facile.
Mais je ne le ferai pas. Jamais.
Au fond, la question à poser à une ghostwriter ne devrait pas être :
« Pouvez-vous me prouver que d’autres vous ont fait confiance ? »
Mais surtout :
« Que ferez-vous de cette confiance lorsque je vous l’aurai accordée ? »
