Tribunes & Manifeste Humain ⏱ 7 min de lecture ‱ 5 juillet 2025

Sommes-nous des snobes dans le SEO francophone ? – Light Agency

Deux professionnels du web, un homme et une femme, travaillent chacun sur un ordinateur portable dans un dĂ©cor aux tons bleu et rose, inspirĂ© d’une charte graphique moderne. Entre eux, une bulle reprĂ©sentant une annonce de recrutement en anglais crĂ©e un contraste visuel, illustrant le dĂ©calage entre langue utilisĂ©e et cible visĂ©e dans le domaine du SEO francophone.

Ce billet, je l’écris sous le coup d’une colĂšre froide, nĂ©e d’un constat sans appel au fil de mes recherches de nouveaux partenariats. Encore et encore, je tombe sur des annonces de recrutement en anglais
 pour des postes de rĂ©dacteurs web ou SEO francophone.

Sur LinkedIn, dans les groupes spĂ©cialisĂ©s, la tendance persiste : des agences francophones publient en anglais pour s’adresser Ă  des professionnels de la langue française. Des missions centrĂ©es sur la qualitĂ© rĂ©dactionnelle en français, mais communiquĂ©es dans une langue qui n’a rien Ă  faire lĂ .

Une simple habitude du secteur ? Une volontĂ© de Â« faire professionnel » ? Ou un signal rĂ©vĂ©lateur d’un complexe bien ancrĂ© dans notre façon de communiquer dans le monde du digital ?

Recruter des rĂ©dacteurs français
 en anglais ? SĂ©rieusement ?

Que vous parcouriez les annonces LinkedIn, les plateformes de freelances ou les groupes spĂ©cialisĂ©s, un Ă©trange paradoxe s’impose : des recruteurs francophones publient leurs offres en anglais
 pour des missions dans lesquelles la maĂźtrise du français est pourtant le critĂšre n°1. Postes de rĂ©dacteur webSEO on-pagecrĂ©ateur de contenus pour un public francophone
 et l’annonce dĂ©marre par un « Looking for a skilled French copywriter  ». Ironique, non ? La mission est 100 % en français. Le client est français. Le public est français. On communique cependant
 en anglais. Comme si l’anglais Ă©tait le passage obligĂ© pour se donner de la crĂ©dibilitĂ© ou Ă©largir artificiellement le vivier de profils. En rĂ©alitĂ©, cette habitude en dit long sur une certaine perception du marchĂ© :

  • l’anglais serait plus « pro », plus « universel » ;
  • le français ne suffirait plus Ă  asseoir une posture d’expertise ;
  • ou pire : les meilleurs talents francophones se trouvent forcĂ©ment Ă  l’étranger, donc il faudrait leur parler dans la langue du business global.

C’est faux. C’est surtout, Ă  mon humble avis, contre-productif. En publiant une offre en anglais, les recruteurs Ă©liminent de fait de nombreux profils francophones compĂ©tents, ne se sentant pas concernĂ©s ou comprenant Ă  demi-mot qu’il est recherchĂ© un certain Â«â€Żprofil international » au dĂ©triment du bon sens linguistiqueRĂ©sultat ? Des annonces floues, des missions mal ciblĂ©es et un vrai risque de passer Ă  cĂŽtĂ© des profils rĂ©ellement qualifiĂ©s
 pour de mauvaises raisons.

Faut-il renier sa langue pour travailler dans le SEO ?

C’est la question que tout rĂ©dacteur SEO francophone devrait se poser. En parcourant certaines offres, en tant que professionnel de la rĂ©daction en langue française, nous avons lĂ©gitimement le droit de nous demander si, franchement, parler (et aimer) sa langue ne devient pas un handicap.
L’anglais s’impose partout : dans les outils, dans les termes techniques, dans les intitulĂ©s de postes, dans les Ă©changes
 et maintenant dans les offres d’emploi ciblant des francophones.

Ce glissement n’est pas anodin. Il crĂ©e une pression implicite : pour ĂȘtre reconnu, il faudrait parler SEO en anglaistraduire son expertiseprouver sa lĂ©gitimitĂ© dans une langue autre que celle dans laquelle nous produisons. Le paradoxe est cruel : les clients et nos partenaires nous demandent une excellence rĂ©dactionnelle en français, mais ils ne daignent mĂȘme plus communiquer dans cette langue au moment de recruter.

Faut-il vraiment jouer ce jeu ? Faut-il renier sa langue pour « coller » aux standards du marchĂ© ? Je n’en suis pas intimement persuadĂ©e. Je crois mĂȘme qu’il est temps de le dire.

Publier en anglais : est-ce pour discriminer en silence ?

Dans bien des cas, publier une annonce en anglais n’a rien d’innocent. Ce choix, volontaire ou pas, agit comme un filtre silencieux. Il exclut, sans l’admettre, une partie des professionnels francophones ne se sentant pas lĂ©gitimes dans un contexte 100 % anglophone. Certains ne postuleront pas par peur de ne pas « faire assez international ». D’autres considĂ©reront, Ă  raison, que la langue de travail Ă©tant le français, une annonce rĂ©digĂ©e en anglais est un signal de dĂ©connexion.

C’est bien de cela qu’il s’agit : un biais Ă©litiste qui ne dit pas son nom. Une maniĂšre de valoriser l’aisance linguistique ou le passage par des formations internationales
 plutĂŽt que la compĂ©tence rĂ©dactionnelle rĂ©elle en français. Ce glissement crĂ©e une hiĂ©rarchie implicite : parler anglais devient un critĂšre implicite de « sĂ©rieux », de « professionnalisme » ou de « standing ». Mais Ă  quel prix ? :

  • les recruteurs ou les agences de communication Ă©cartent des profils compĂ©tents simplement parce qu’ils ne jouent pas la carte de l’anglais Ă  tout-va ;
  • la fracture entre les professionnels issus de grandes mĂ©tropoles, parfois bilingues, et ceux venus d’autres horizons, pourtant tout aussi talentueux, se creuse ;
  • l’anglais donne l’illusion d’ouverture, mais exclut en rĂ©alitĂ© une partie des professionnels francophones pourtant parfaitement qualifiĂ©s.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : personne ne conteste l’utilitĂ© de l’anglais dans le monde du digital. En faire toutefois une barriĂšre d’accĂšs Ă  des missions en français, c’est non seulement incohĂ©rent, mais surtout injuste.

Et si on faisait juste preuve de cohérence ?

Soyons bien en phase ! Il ne s’agit pas de rejeter l’anglais, il s’agit de remettre chaque langue Ă  sa place. Quand une mission est 100 % en français, que le public est francophone, que l’objectif est de produire un contenu Ă©ditorial exigeant dans notre langue, alors pourquoi recruter en anglais ?
La cohĂ©rence, c’est aussi du respect : pour la langue de travail, pour les professionnels concernĂ©s, pour les lecteurs finaux. Ce n’est ni ringard ni frileux que de dĂ©fendre le français quand il est au cƓur de la mission. C’est simplement logique. Alors, Ă  ceux qui recrutent, je pose cette question : si la prochaine fois, vous faisiez simple ? Une annonce claireen français, pour un travail
 en français.

Dans un monde digital saturĂ© de codes, d’anglicismes et de postures, choisir la clartĂ© linguistique est peut-ĂȘtre l’un des derniers vrais actes de style. Ce n’est pas faire simple par dĂ©faut, c’est faire juste par intention. Écrire une annonce en français quand on cherche un professionnel du français, ce n’est pas « petit joueur » : c’est prĂ©cisassumĂ©professionnel.
Et si, demain, vous mesuriez l’exigence non Ă  la langue utilisĂ©e
 mais Ă  la maniĂšre dont elle sert rĂ©ellement la mission ? VoilĂ  une Ă©lĂ©gance dont le SEO francophone ne devrait pas se priver.

Je sais que je ne suis pas la seule Ă  tiquer en lisant ces annoncesVous, vous en pensez quoi ? Vous postulez quand c’est en anglais ou vous passez votre chemin ?

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